Khetemet
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Khetemet, l'aventure continue...

Khetemet, la légende
Chapitre IV

Le pog de Montségur
- Le pog de Montségur (photographie : Philippe Contal, mars 2003) -

Montségur, Ariège, France
15 mars 1244 - 19 h 45


Depuis près de quinze jours, le calme avait envahi la place forte de Montségur. Négociée le 2 mars par Pierre-Roger de Mirepoix, la trêve arrivait à son terme. Il s'agissait d'un calme avant la tempête… inéluctable.

- Triste nuit que celle-ci… fit remarquer Bertrand du Congost.
- En effet, aucun secours ne viendra plus, rétorqua son oncle, Raymond de Péreille.

Les deux chevaliers parcouraient inlassablement le chemin de ronde depuis plusieurs jours, attendant un signe, une lueur d'espoir. Les secours tant attendus du comte de Toulouse, voire de l'empereur lui-même ne semblaient plus pouvoir se manifester. La garnison était lasse et de nombreux morts étaient à déplorer parmi les défenseurs du château. La neige tombait et le froid mordant glaçait les visages des rares personnes restées au dehors.

Depuis deux jours, plus de vingt croyants et croyantes avaient demandé à recevoir le consolament. Acceptant ainsi leur destinée, aux côtés des évêques cathares Bertran Marty et Raymond Agulher. Ils étaient à présent regroupés dans une grande maison adossée aux murs du château, écoutant le dernier sermon.

- Ainsi, vous ne savez pas que vous êtes temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Mais si quelqu'un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple est saint et c'est vous qui êtes ce temple.

Brillant orateur, Bertran Marty envoûtait l'assistance, captivée par ces paroles du Christ. Plusieurs chevaliers avaient rejoint les rangs de l'assistance.

Bertrand et Raymond de Péreille s'éloignèrent. Ce dernier savait que trois générations allaient disparaître le lendemain dans les flammes : Maquésia Hunaud de Lanta, sa belle-mère, Corba de Péreille, son épouse et Esclarmonde de Péreille, sa fille. Devenues cathares, parfaites hérétiques aux yeux de l'Eglise et de l'Inquisition, elles finiraient dans le bûcher dressé au pied de la montagne.

- Quand je repense à notre pays d'Oc, au comté de Toulouse et au bonheur qui régnait ici voici seulement quarante ans, je ne peux m'empêcher de réfléchir au mal qui règne sur terre, repris Raymond de Péreille.

Contournant la machine de jet qui n'avait pas suffi à défendre la forteresse, ils empruntèrent un escalier de bois menant au donjon. Trois étages dominaient l'ensemble fortifié. Une partie du toit avait été endommagée par les boulets lancés par les attaquants mais la salle principale du château restait utilisable. Ils entrèrent dans la pièce. Dans la cheminée, se consumait du bois dont les flammes rougeoyaient mais n'arrivaient pas à réchauffer la vaste salle voûtée. Quatre personnes semblaient attendre le maître des lieux, Amiel Aicart, Peytavi, Hugon et Alazaïs. Elles portaient l'habit sombre, la capuche baissée dans le dos. Trois d'entre eux, les trois hommes, étaient cathares. Depuis son arrivée au château, quelques mois auparavant, Alazaïs était resté en retrait de la communauté cathare, affichant un respect mais également une certaine distance. Avait-elle adopté les croyances cathares ?

- Bertrand, allez cherchez Pierre-Roger de Mirepoix.

D'une voix ferme, Alazaïs s'imposait souvent. Ce soir, elle et ses trois compagnons semblaient cependant tendus. Le bruit courrait qu'ils allaient s'enfuir ce soir même de la forteresse assiégée. Ce projet de fuite était-il la seule raison de cette tension palpable ?

Deux co-seigneurs se partageaient la lourde responsabilité de Montségur. Pierre-Roger de Mirepoix et Raymond de Péreille. Quelques minutes passèrent dans un lourd silence. Chacun semblait immergé dans ses réflexions, le regard lointain, perdu dans les flammes de la cheminée.

- Le feu consume tout, sans âme ni conscience. Le feu ronge et détruit.

Pierre-Roger était entré dans la pièce sans bruit. Ses paroles eurent un effet de coup de tonnerre, effaçant le doux crépitement des braises.

- Nous n'avons que trop tardé Messires. Nous devons quitter la place forte au plus tôt, lança Amiel Aicart.
- C'est risqué et je vous engage à beaucoup de prudence, répondit Pierre-Roger. Vous pouvez vous cacher dans une grotte et quitter la place lorsque la garnison de Hugues des Arcis aura procédé à sa triste besogne. Nul doute que le sénéchal de Carcassonne baissera alors sa vigilance.
- L'idée est bonne. De toute manière, nous n'avons pas de gros objets à emporter. Mathieu et Pierre Bonnet ont d'ores et déjà mis à l'abri les fonds qui nous permettront de reconstruire notre Eglise en Lombardie, rétorqua Peytavi.
- Nous devons revoir Bertran Marty une dernière fois avant de partir. Pouvez-vous nous rejoindre à la poterne d'ici une heure environ, Pierre-Roger ?
- J'y serai.

Quatre ombres sortirent du donjon et rejoignirent l'assemblée réunie autour des deux évêques. Bertrand Marty les accueillit en reprenant la parole :

- Bons chrétiens, bonnes chrétiennes, voici les trois porteurs de notre symbole. Il nous avait été remis leurs ancêtres voici deux siècles. Puisse le laurier refleurir plus tard, lorsque l'Homme aura grandi.

Hugon ne faisait qu'accompagner les trois membres de la communauté. Cette communauté était constituée de trois personnes, se relayant pour protéger un symbole qui traversait les siècles. Celui-ci avait été séparé en deux parties depuis que la chrétienté s'était étendue en Orient. Mais plus qu'un symbole, ce véritable trésor de l'humanité avait traversé les siècles en étant à la fois recherché par les puissances temporelles et cependant très mal connu, souvent confondu avec un trésor matériel, monnayable. La Communauté du Laurier avait été fondée plus de 4 000 ans auparavant, à l'aube de la civilisation occidentale. En ces temps reculés, quelques personnes avaient pris soin de protéger cette étincelle. Les générations se succédèrent et traversèrent les siècles et les civilisations. Au moment où les chevaliers d'Occident faisaient la conquête de Jérusalem, le trésor se divisa en deux parties. Les chrétiens qui se trouvaient alors les plus proches du christianisme d'origine furent alors choisis pour en transmettre une. Sous forme de graine d'apparence insignifiante, le laurier devait encore attendre plusieurs siècles avant de reprendre vie…

Bertrand Marty prit un petit coffret en bois et le remit à Alazaïs.

- Voici ce qui nous avait été confié. Puissiez-vous lui trouver une nouvelle terre d'asile.

Alazaïs inclina la tête et prit le coffret tandis que Bertrand continuait :

- Prenez également ces quelques ouvrages. Ce sont les derniers témoins de notre foi. Evangiles, rituels et traités seront peut-être le seul moyen de ne pas oublier les vraies parole du Dieu Bon.

Un silence accueillit ces paroles et Amiel s'avança pour prendre les ouvrages des mains de Bertrand. Il les enveloppa dans une peau tannée pour les protéger.

Alazaïs recula au fond de la pièce. Les trois cathares se rapprochèrent de Bertrand Marty, et se mirent à genoux, s'inclinant trois fois, mains jointes, jusqu'à terre en disant : "Bénissez-nous seigneur ; priez pour nous".

Bertrand Marty répondit alors : "Dieu vous bénisse ! Nous prions Dieu pour qu'il vous fasse bons chrétiens, et vous amène à bonne fin".

Amiel Aicart, Peytavi et Hugon rejoignirent Alazaïs et pénétrèrent ensemble dans la nuit. La neige avait cessé de tomber. Un épais matelas recouvrait le sol et les constructions. Les bruits étouffés du camp des assiégés semblaient très éloignés mais rappelaient cependant l'issue fatale de ce siège. Guillaume de Puylaurens, chroniqueur du XIIIe siècle, qualifierait peu de temps après Montségur de "synagogue de Satan". Avait-il réellement mesuré ce que représentait ce refuge perché sur cette montagne escarpée ?

Quelques restes de murs du village médiéval de Montségur...
- Quelques restes de murs du village médiéval de Montségur... (photographie : Philippe Contal, mars 2005) -

Les quatre derniers rescapés de Montségur attendirent la nuit et s'enfuirent au château d'Usson. Les registres d'Inquisition en conservèrent la trace au travers des dépositions de Béranger de Lavelanet, Arnaud-Roger de Mirepoix et des sergents Guillaume de Bouan et Bernard de Joucou. De leur mission secrète, rien ne fut dévoilé…

La forteresse de Montségur revint au maréchal de Mirepoix, Guy II de Lévis. Celui-ci en fit hommage au roi de France, Louis IX, en juillet 1245. Il fallut encore quelques décennies de tyrannie et de procédures pour détruire les fondations mêmes de l'organisation des bons chrétiens en terre occitane.

Pour en savoir plus sur Montségur et le catharisme :

- Sources originales
- Cathares.org ®
- Montségur sur cathares.org ®
- Le Club cathares.org ®

- Suggestion d'ouvrages sur la spiritualité cathare
Éditeur du site - Histophile - Égypte antique - Moyen-Âge - Cathares - Templiers
Occitanie - Armurerie médiévale - Armurerie du Soleil levant - Histoire & symboles
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