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Chapitre V
Peyrepertuse, Aude, France 17 juillet 2006 - 12 h Deux heures me furent nécessaires pour me rendre à Duilhac-sous-Peyrepertuse, au pied de la citadelle. La saison touristique rendait difficile la circulation, en particulier dans les zones étroites comme le défilé de Pierre Lys. L'animation était importante car les visiteurs devaient laisser leurs véhicules au pied de la montagne. Un système de navette permettait de rejoindre aisément le parking supérieur, près de la maisonnette d'accueil. L'organisation était efficace et ce système de minibus évitait bien des problèmes de circulation sur cette impasse souvent étroite. Je suivis le flot de visiteurs, heureuse de constater que les citadelles médiévales retenaient encore l'attention. Les futures générations européennes n'avaient donc pas uniquement les châteaux féeriques pour comprendre leur passé… Après m'être acquittée du billet, je pris l'étroit sentier s'enfonçant dans la forêt qui menait au château. Déjà, des cliquetis d'armes se faisaient entendre, au gré du vent. Une reconstitution médiévale, avec des chevaliers, était programmée toute la journée. La troupe des "Frères d'Armes" redonnait une vie à cette citadelle. L'accès à l'entrée par l'enceinte basse était beaucoup plus facile que celui de Montségur que j'avais emprunté le matin même. Passant la barbacane, je pénétrai dans ce château qui figurait parmi ceux que je préférais dans la région. De gros travaux avaient été réalisés depuis mon dernier passage. Une partie du chemin de ronde de l'enceinte basse avait été reconstituée, donnant ainsi du corps à notre imagination. Il suffisait de peu de chose pour se replacer dans le contexte médiéval de cette forteresse. Certains visiteurs utilisaient des systèmes audioguides proposés à l'accueil. D'autres, comme moi, se laissaient bercer par leur rêverie. Malgré son immensité, Peyrepertuse n'avait jamais accueilli de grande garnison. 15 à 20 hommes suffisaient à maintenir cette place forte au temps où elle servait, à l'instar de nombreuses places fortes proches des Pyrénées, de poste frontière pour la royauté française. Les constructions dataient pour la plupart de cette période tardive du Moyen Âge. Jusqu'au Traité des Pyrénées, en 1659, Peyrepertuse avait eu un rôle stratégique de surveillance. Consolidée par des contreforts massifs, la partie basse permettait l'accès à plusieurs salles dont l'Église Sainte Marie-Madeleine. Un autel de pierre et une citerne donnaient à ce lieu une ambiance particulière. Du lierre s'accrochait à la pierre, donnant l'impression que le temps avait été figé. Je sortis de la partie basse pour me rendre à la partie la plus haute du château. Rochers et constructions humaines se mariaient avec une étonnante continuité. Utilisant l'escalier Saint-Louis, dont la construction remontait à la fin de l'épopée albigeoise, je me rendis à la chapelle San-Jordi, dominant l'ensemble de la citadelle. Des cordons de sécurité interdisaient l'accès aux roches supérieures et plusieurs zones de fouilles archéologiques avaient permis de dégager des constructions. Cheminées, citernes et murs avaient été redécouverts, permettant de mieux connaître le passé de ce monument remarquable. De par ses dimensions imposantes, Peyrepertuse était, après la Cité Médiévale de Carcassonne, la deuxième place forte médiévale du département. Pas moins de 2.5 km de remparts donnaient à cet ensemble militaire une fière allure, surplombant les vallées et villages avoisinants. Depuis cet emplacement, il était possible de voir la totalité des constructions, nettement divisées en trois parties, basse, moyenne et haute. Dans la partie moyenne que j'avais traversée rapidement, je vis trois chevaliers en pleine action. Je me plaçai sur un rocher afin de me reposer quelques minutes.
Mon esprit reprit le chemin de la lettre de mon grand-père. Que pouvait donc bien être cette "mission" dont il parlait ? Déconnectée de mon environnement immédiat, je ne vis pas le temps passer, cherchant à résoudre la première énigme. Le " théâtre divin " pouvait correspondre à beaucoup de choses et ne disposant pas de pistes préalables, je me trouvai devant une infinité de possibilité d'exploration. Je décidai cependant d'orienter mes recherches vers deux thèmes qui semblaient en adéquation avec la région dans laquelle je me trouvais : les cathares et les templiers. Jean était intarissable sur ces deux organisations pourtant très différentes. L'histoire n'avait semble-t-il pas laissé le temps, ni à l'une, ni à l'autre, de mener à bien ce qu'elles semblaient vouloir réaliser. La civilisation occidentale s'était constituée sur les cendres de l'empire romain et de nombreuses voies divergentes avaient été avortées par la force. " Méfie toi de l'épée, son pouvoir est double et peut devenir dangereux entre de mauvaises mains. " Cette phrase de la dernière lettre de mon grand-père résonnait encore dans ma tête. Après quelques minutes, je me levai et pris le chemin en sens inverse. A chaque fois que nous allions visiter Peyrepertuse avec mon grand-père, nous nous rendions également à la Caune du Castel, vaste ouverture s'ouvrant sur le cœur de la montagne. Dans un environnement calcaire, les environs de Peyrepertuse offraient de nombreuses cavités plus ou moins profondes dans la roche. Plusieurs fissures imposaient d'utiliser un matériel adéquat, mais la grotte à laquelle je me rendais restait accessible à pied. Il fallait cependant traverser la forêt et des buissons dont la densité ralentissait la progression pour s'approcher de la grotte que bien peu de visiteurs remarquaient. La présence de la citadelle effaçait le plus souvent l'intérêt pour d'autres éléments naturels ou artificiels. Il me fallut encore une heure pour m'y rendre. L'après-midi avait déjà bien avancé et je sentis quelques indices propres à me rappeler que mon corps avait faim. Je m'assis au cœur de la grotte et entrepris de manger quelques aliments que j'avais emportés de l'hôtel le matin même. La chaleur, sans être écrasante, rendait l'atmosphère chaude et sèche. Après mon frugal repas, je repris la lettre de mon grand-père afin de mieux m'en imprégner. La relecture ne me permit pas de trouver des indices pour cette première énigme mais je fus surprise de constater que la deuxième enveloppe portait également la date du " 17 juillet 2006 ". A en croire la lettre, je pensais que les énigmes étaient espacées dans le temps mais, manifestement, les deux premières ne l'étaient pas. J'ouvris donc l'enveloppe pour y découvrir une feuille pliée sur laquelle était inscrite la phrase : Dans les ténèbres et la lumière, tu trouveras le livre. La lecture de cette nouvelle piste énigmatique me laissa perplexe. Vers quoi devais-je orienter mes recherches ? Certes, l'opposition du bien et du mal était au cœur du questionnement cathare, mais était-ce bien ce que je devais approfondir ? Je fis une pause… et m'assoupis dans un sommeil sans rêve. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que le soleil se couchait lorsque je repris contact avec la réalité ! En effet, plusieurs heures s'étaient écoulées et le soleil projetait les ombres de manière très allongée. Sa couleur rouge-orangée ajoutait une ambiance surréaliste aux paysages sauvages des Corbières. Etrange coïncidence que le fait de s'éveiller au crépuscule alors que je m'étais endormie sur cette réflexion associant les ténèbres et la lumière… 21 h 30. Je repris le chemin de la descente pour rejoindre ma voiture laissée sur le parking. La nuit était tombée lorsque je démarrai ma voiture. La voûte étoilée était magnifique et même la voie lactée était visible. La pollution lumineuse des villes ne masquait pas la profondeur de la nuit. Empruntant de nouveau la route qui menait au village de Duilhac-sous-Peyrepertuse, je continuai pour me diriger vers la citadelle de Quéribus. Dernier bastion de la résistance occitane, ce château avait été pris par traîtrise en 1255. Comme Peyrepertuse, de nombreux éléments d'architecture dataient de la période royale, mais je trouvais ces deux forteresses magnifiques, l'une comme l'autre et je n'aurais pas manqué de m'y rendre en étant aussi proche. Sinueuse et étroite, la route me conduisit au parking situé au pied du chemin d'accès. Deux voitures étaient stationnées mais personne ne semblait s'y trouver. Je sortis de la voiture et pris le sentier. Le calme régnait sur la montagne et je pouvais encore admirer l'ombre de Peyrepertuse à l'horizon. Après quelques minutes de marche, je passai l'entrée pour pénétrer dans la première enceinte. Au sud, les Pyrénées se détachèrent de l'horizon tandis que je m'approchais de la deuxième enceinte. Dans le creux de la vallée, se dessinait la route qui reliait Perpignan à Quillan. Je continuai ma progression pour atteindre la cour de la troisième enceinte, donnant accès au donjon. De celui-ci s'élevaient quelques voix. Rendues indistinctes par le bruissement du vent, je ne compris pas la discussion. Je me dirigeai alors vers l'accès au donjon…
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